Delemontez, l’UTMB pour obsession

Par Guillaume Abry

Il est le seul au monde, avec une Allemande, à avoir fini les seize éditions du plus grand ultra-trail de la planète. Et Didier Delemontez ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Sa voix emplie de sagesse semble trouver un écho jusqu’à la lune, qui éclaire faiblement le sentier enneigé menant aux chalets de Pormenaz, sur les hauteurs de Servoz. En ce mercredi soir de novembre, Didier Delemontez est l’invité d’honneur de Passy Alpirunning. François Lachaux, responsable de ce groupe de randonneurs alpins, le couvre de louanges. Delemontez est visiblement gêné. L’homme est pudique. Chercher la lumière n’est pas dans sa nature. Le halo de sa frontale lui convient amplement.

Delemontez commence à courir sur le tard, à 32 ans, pour accompagner l’oncle de sa femme. Il se prend rapidement au jeu, jusqu’à finir des 100 km sur route. «Je souffrais plus sur ces 100 bornes qu’à l’UTMB », avoue-t-il. L’UTMB donc. Le Sallanchard d’origine n’arrive pas vraiment à expliquer ce qui l’a poussé à s’inscrire en 2003. «Disons que c’est proche de chez moi et pratique niveau logistique », avance-t-il. Au fil des ans, une certaine routine agréable s’est installée, qui l’a conduit à revenir inlassablement.

Jamais envie d’abandonner

Prendre le départ d’un ultra-trail est une chose, le finir en est une autre. En seize éditions, Didier Delemontez n’a jamais arrêté avant de revoir Chamonix. Il n’a même jamais songé à abandonner : «Bien sûr qu’il y a eu des coups de moins bien, mais dans ces moments-là, je me répète toujours comme un mantra ces deux mots : courage et patience.»

La performance est d’autant plus remarquable quand on se remémore l’hécatombe parmi les favoris lors du dernier UTMB. Les lumières de la vallée semblent à présent bien loin, il est l’heure de redescendre, non sans avoir pris le temps de visiter la grotte de Pormenaz. Dans la neige, Didier glisse, tombe parfois. Il se relève à chaque fois, sans piper mot. L’expression «dur au mal », souvent galvaudée, lui correspond bien.

En pré-retraite après une carrière de technicien chez Orange, Didier ne voit pas de raison de ne pas prendre le départ d’un UTMB, tant que sa santé le lui permet. S’il est épargné par le tirage au sort, il ne bénéficie curieusement pas de passe-droit pour les frais d’inscription. Une lueur de tristesse s’allume dans son regard à l’évocation d’une éventuelle non-participation : «Il y aurait quelque chose en moi de cassé si je n’y allais pas. »

La boucle autour des chalets de Pormenaz touche à sa fin, les frontales s’éteignent. Les foulées de Didier Delemontez autour du Mont-Blanc, elles, semblent éternelles.

Bio express

Né le 11/06/1958 (60 ans) à Sallanches
Vit à Marignier
1,69 m pour 66 kilos
Finisher de toutes les éditions de l’UTMB depuis 2003
Meilleure perf’ : 28h29′ en 2008

Tania, fidèle border-collie de Didier Delemontez l’accompagne sur la plupart de ses sorties montagne

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