La forteresse de Platé

1er septembre 2020 – François et Magali Lachaux

[François] C’est à Sylvain Dal Cortivo que nous devons d’être fortement inspirés par les montagnes qui entourent son refuge. Pour les randonneurs qui visitent Passy pour la première fois, l’aventure commence sur le Tour des Fiz. On pourrait rester tranquille comme eux sur les sentiers mais nous sommes irrésistiblement attirés par ces terres sauvages qui nous dominent. Parcourir le fil de la forteresse de Platé, c’est se plonger dans un monde qui n’appartient à personne d’autres qu’aux animaux.

Les sommets sont tous dans les nuages. Comme il a plut les jours précédents et qu’il a fait froid, les premières neiges sont apparues sur les sommets. Le terrain est gras et glissant. Une vigilance extrême s’impose.

Nous attaquons la montée des Egratz et observons qu’un petit éboulement a eu lieu en plein milieu du chemin juste avant la passerelle. Il ne gène pas le passage mais donne le ton de la sortie. La montagne qui s’effrite n’est pas l’apanage du massif du mont blanc…

Ne pas s’aventurer sans une grande expérience du terrain à chamois

Nous avons aussi pour but d’enlever une corde fixe sur le pas difficile de l’arête sud du motet qui mène à la Pointe de Platé. Pour rappel il y a deux semaines dans le cadre de la sécurisation d’un projet de sortie collective qui a été réalisé parfaitement, nous avons équipé le pas exposé de l’arête de trois relais sur pitons triangulés avec cordelettes et maillons rapides, le tout relié d’une corde fixe de 20m et d’une poignée en bas. Lors d’une autre sortie, ces trois relais ont été vérifiés et améliorés par notre ami, Olivier Daligault, guide de haute-montagne. Nous avons décidé de laisser les relais qui pourront toujours servir à ceux qui veulent progresser à moindre risque. Par contre comme promis à Sylvain nous avons décider d’enlever la corde fixe, susceptible d’être abîmée et de devenir plus dangereuse qu’efficace. Sylvain nous a confié également que beaucoup de gens sont rebutés dès les premiers mètres de l’arête ne sachant pas où aller. Il faut savoir que le cheminement, même s’il nous parait simple, est réellement compliqué et dangereux pour un débutant. Le demi-tour peut l’être aussi. Ne pas s’aventurer jusqu’au passage difficile sans une grande expérience du terrain à chamois !

Au sommet de Platé, nous écrivons un petit mot comme d’habitude dans la boite de Sylvain. Un gars a laisser deux twix dedans ! La poursuite de l’aventure se fait par la descente du passage complexe du Sphinx, devenu naturel chez nous, de jour comme de nuit. Nous réalisons l’impressionnant sommet du Sphinx puis rejoignons le reposant Col de Portette par une vire. De magnifiques asters sont encore en fleurs. Il ne fait pas chaud, nous avons nos bonnets et gants. A peine arrivé et c’est reparti pour le terrain à chamois en grimpant les Châteaux de Cran, suite plus que logique de notre ligne. Sur les premiers châteaux nous sommes surpris d’observer une renoncule encore en fleur.

J’arrive à trouver de bonnes prises entre les tiroirs

Le passage du col des cristaux ne se passe pas comme d’habitude. Comme nous ne savons pas si le terrain gras nous permettra de le franchir. Nous allons d’abord explorer une solution de secours versant Sales. C’est bon, si ça passe pas versant ouest, on pourra passer par là. Têtus et bornés, nous revenons sur nos pas pour réaliser le passage très exposé en terrain gras versant ouest. Je laisse Magali ouvrir la marche car elle évolue mieux que quiconque en pente à chamois. Nous formons une sacrée équipe en plus d’être un couple. Cependant, je la vois qui hésite un instant lors de la traversée d’une vire exposée. Je commence à douter mais je la vois qui repart, franchit la vire et atteint le col des Cristaux. Elle me dit que ce n’est pas par là qu’on passe d’habitude ! D’accord et maintenant, je fais quoi là face à cette vire à couper le souffle et mon ego. Je sais que je peux faire demi-tour mais je sais aussi « charger » les pieds et me retenir délicatement avec les mains. C’est parti, je m’engage ! La vire est étroite mais je sais que la peur rétrécit le champ de vision. Si il y a de la place pour un pied, je peux avancer ! Curieusement, l’exposition au vide m’enivre. Je me sens bien. J’arrive à trouver de bonnes prises entre les tiroirs. Je passe et je me dit là, franchement c’est dingue. Avons-nous un tel niveau de confiance et de maîtrise ou sommes nous complètement stupides ? La frontière entre les deux s’amenuise. Pourvu que malgré notre expérience on soit toujours capables de faire la différence…

Les difficultés sont terminées pour un moment de temps. Notre prochaine visite se situe au cœur du Désert de Platé, vers un secteur à fossiles constitué de lapiaz noirs qui nous est cher. Ce n’est pas de savoir que toutes les grandes platières étaient sous les océans il y a des millions d’années qui nous impressionne, c’est que c’est juste beau ! Le contraste entre l’engagement moral et la beauté est une des raisons qui nous donne le gout d’avancer.

Nous enchaînons avec le Col du Colonney, où nous observons des ouvriers qui installent des Gazex. Ça fait toujours un pincement au cœur de voir du béton dans un si bel endroit. Nous filons ensuite vers les Lindars en traversant un secteur de lapiaz atypique parsemé de galets puis vers la Tête du Colonney. 2 solutions s’offrent à nous pour descendre. Magali choisi la pente à chamois versant Platé et je choisi la cheminée que je désescalade entièrement de face. Nous rencontrons nos premiers randonneurs en traversant la crête via le fameux passage du Sautet. Je remonte sur les cordes toujours aussi nombreuses alors que Magali effectue le contournement versant Platé. C’est très agréable de courir sur cette crête que nous empruntons souvent. Nous traversons le Sautet d’ouest en est pour descendre sur le « Menhir ». Au niveau des « doigts du menhir » nous désescaladons une brèche pourrie pour filer vers la dernière partie de l’aventure : la combe d’en Bovie. Le soleil qui fait sa réapparition sèche rapidement les dalles sur lesquelles nous évoluons. Nous passons le Pas de Bovie avec méfiance car il reste très humide. On rentre, on a faim, on a soif, c’est la fin !

Itinéraire c2c

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